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Investir dans les programmes de population et de santé en matière de procréation pour le bien-être de tous, Suzhou, Chine, le 27 octobre 2005

DECLARATION DE SUZHOU _______________________________________

Nous, participants du Symposium international sur l’aide publique au développement (APD) tenu à Suzhou, en Chine, du 26 au 28 octobre 2005, avons échangé nos expériences et meilleures pratiques acquises dans la mise en œuvre de programmes bénéficiant de l’APD et étudié les stratégies pouvant permettre d’atteindre les objectifs de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) de 1994 et les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) d’ici à l’an 2015. Nous représentons des gouvernements, organisations intergouvernementales et non gouvernementales (ONG).

Par cette déclaration, nous :

1. Réaffirmons notre engagement ferme à mettre entièrement en oeuvre le Programme d’action (PA) de la CIPD et les OMD. Nous approuvons chaleureusement le document final du Sommet mondial de 2005, qui a adopté l’objectif de la CIPD d’un accès universel aux services de santé en matière de procréation d’ici à l’an 2015 et appelé à son intégration aux stratégies visant à réaliser les OMD. Si les objectifs de la CIPD ne sont pas réalisés, ni les OMD ni l’éradication de la pauvreté ne peuvent être atteints.

2. Notons avec une grave préoccupation les redoutables défis auxquels le monde se trouve confronté concernant les problèmes de population et de santé en matière de procréation (SP), y compris la planification familiale (PF). Des millions de personnes n’ont qu’un accès limité, voire inexistant, à des services et une information de qualité dans le domaine de la santé en matière de sexualité et de procréation (SSP), et ne peuvent pas de ce fait bénéficier de leurs droits en matière de SSP. Il en découle de nombreuses grossesses non désirées et des avortements à risque qui contribuent aux taux de mortalité maternelle et infantile et aux taux de natalité élevés, particulièrement dans les pays les plus pauvres.

3. Affirmons que l’APD a joué un rôle clef dans l’important progrès réalisé depuis la CIPD, mais notons avec préoccupation que l’APD pour les problèmes de population et de développement reste bien en dessous des niveaux qui, de l’avis de la CIPD, seraient nécessaires pour atteindre les objectifs fixés. Nous notons que la progression rapide de l’épidémie du VIH/sida, que la CIPD n’avait pas prévue dans ses évaluations budgétaires des besoins de financement, a considérablement augmenté le montant des ressources financières additionnelles qui sont nécessaires. Il faut donc augmenter sensiblement l’APD pour atteindre les objectifs de la CIPD et les OMD.

4. Réaffirmons que les gouvernements sont les premiers responsables de la mise en œuvre du Programme d’action de la CIPD et des stratégies nécessaires pour réaliser les OMD ; que la société civile, y compris les ONG, a un rôle essentiel à jouer ; et que la coopération internationale est aussi très importante, en particulier la coopération Sud-Sud.

Nous reconnaissons que :

5. Nous vivons dans un monde de plus en plus interdépendant. Bien que la globalisation offre beaucoup d’opportunités, ses retombées ont été inégalement réparties. Le fossé continue de s’approfondir entre riches et pauvres, entre pays développés et pays en développement, entre différentes régions à l’intérieur d’un même pays. Plus d’un milliard de personnes continuent de vivre dans l’extrême pauvreté. Un développement lent et inégal en de nombreux pays en développement et pays en transition sape les efforts faits pour réduire la pauvreté et atteindre les OMD.

6. Le développement est un processus qui sert la réalisation du potentiel humain et l’élévation du niveau de vie et qui assure que chaque individu mène une vie digne d’être vécue. L’être humain est au centre du développement durable ; la priorité devrait être donnée à l’investissement dans le capital humain, en particulier l’éducation et la santé. Le droit au développement est universel et indispensable.

7. L’égalité des sexes et l’élévation de la condition de la femme sont indispensables à un développement durable. La persistance de la pauvreté, de la discrimination, de la violence à l’égard des femmes et l’insuffisance des soins de SP empêchent le progrès de la femme et l’évolution dans le sens de l’égalité des sexes.

8. La SP est un élément essentiel de la santé en général et un impératif des droits humains. L’investissement dans une meilleure SP bénéficie aux individus, aux familles et à la société en général ; et il est aussi essentiel à une hausse de la qualité de vie et à la réalisation d’un développement durable.


Nous mettons l’accent sur les points suivants :

9. Les gouvernements ont une responsabilité primordiale dans le développement. Ils doivent faire les plus grands efforts pour mobiliser suffisamment de ressources nationales, y compris celles du secteur privé, afin de les investir dans l’éducation et la santé ; et ils doivent aussi veiller à ce que tous les citoyens, y compris les pauvres, bénéficient des retombées du développement.

10. La communauté internationale devrait fournir des ressources, et aussi encourager l’allocation de ressources, pour traiter de nombreuses questions, par exemple la population, la santé et l’éducation, la promotion de la femme et le bien-être des enfants et des personnes âgées.

11. L’aide publique au développement devrait être en harmonie avec les priorités des pays en développement et devrait aider au renforcement des capacités et de l’autosuffisance nationales dans la formulation et la mise en œuvre de stratégies dans le domaine de la population et du développement.

12. Les programmes de population et de développement devraient accorder l’attention nécessaire aux diverses cultures, valeurs, traditions et croyances religieuses des pays et rester conformes aux droits humains internationalement reconnus.

13. Renforcer la capacité humaine et améliorer le bien-être individuel devrait être l’objectif ultime de l’aide au développement et le critère principal à retenir pour évaluer les programmes de l’APD.

14. Il est impératif d’investir davantage dans les services et l’information en matière de SSP, y compris la PF, pour assurer 1) le droit fondamental de toute personne à atteindre le niveau le plus élevé de santé en matière de sexualité et de procréation, et 2) le droit fondamental de tous les couples et individus à décider librement et en toute responsabilité le nombre de leur enfants, l’espacement et le moment de leur naissance, et à avoir l’information et les moyens nécessaires pour le faire. Des recherches ont confirmé les liens indissociables qui existent entre l’amélioration de la santé en matière de procréation et la réalisation des OMD. Ces derniers ne peuvent être atteints à moins que l’accès universel aux services de santé en matière de procréation ne devienne une réalité, comme il est souligné dans les délibérations du Sommet mondial de 2005.

15. Pour promouvoir l’égalité des sexes, il faut augmenter l’allocation de ressources aux programmes concernant les femmes. En même temps, des efforts sérieux devraient être entrepris pour : remettre en question les conceptions traditionnelles relatives aux rôles des sexes ; améliorer la connaissance qu’ont les femmes de leurs droits et leur capacité à s’autodévelopper ; résoudre le problème de la violence sexiste ; et promouvoir la participation des femmes, sur une base équitable, à la gestion des affaires familiales, communautaires et publiques, à tous les niveaux de prise de décisions et de mise en œuvre. Les gouvernements devraient intégrer les préoccupations relatives à l’autonomisation des femmes et à l’égalité des sexes dans les critères retenus pour formuler et évaluer les programmes de développement social.

16. Le développement doit faire progresser la justice sociale. Les stratégies nationales et les programmes d’assistance devraient viser à garantir un développement équitable qui puisse atteindre les groupes vulnérables tels que les femmes, les enfants, les personnes âgées et les migrants. Les programmes devraient renforcer le pouvoir de ces groupes, augmenter leur capacité à prendre des décisions et à s’autogérer, garantir leur accès à des services fournis sans discrimination, et assurer leur participation à la formulation, la mise en œuvre et la supervision des politiques sociales.

17. La lutte contre la pandémie du VIH/sida nécessite des efforts concertés, basés sur une stratégie équilibrée dont les éléments sont la prévention, le traitement et les soins à assurer par les gouvernements partout dans le monde. Les politiques et programmes devraient refléter les liens étroits entre la lutte contre le VIH/sida et la santé en matière de sexualité et de reproduction, ainsi que leur interrelation avec les problèmes généraux que sont la santé publique, le développement et les droits humains. Ceci nécessite une intégration des politiques et programmes de lutte contre le VIH/sida avec ceux de la santé en matière de sexualité et de reproduction.

18. Investir dans la santé et l’éducation des adolescents et des jeunes est indispensable pour réaliser les OMD. Les adolescents ont besoin d’avoir accès à une information adéquate sur la santé en matière de procréation, à la délivrance de conseils et à des services accueillants aux jeunes, besoin de voir respecter leur droit à la confidentialité et à l’assentiment informé, aussi bien que leurs valeurs culturelles et leurs croyances religieuses, non sans qu’il soit tenu dûment compte des droits, devoirs et responsabilités de leurs parents et en harmonie avec l’évolution de leurs capacités. Les adolescents devraient devenir des participants plus actifs dans la planification et la mise en œuvre des activités qui visent à satisfaire à leurs besoins et à leurs droits dans le domaine de la santé en matière de sexualité et de reproduction.

19. La réaction internationale aux crises humanitaires, telles que les guerres et les catastrophes naturelles, devrait assurer que les réfugiés et les personnes déplacées ont accès aux services de santé en matière de procréation, de maternité sans risque, de PF et de prévention des infections sexuellement transmissibles, y compris le VIH/sida, et qu’ils sont protégés contre les violences sexuelles et autres formes de violence sexiste.

Nous insistons pour que :

20. Les Etats Membres et le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies utilisent l’objectif de la CIPD d’assurer un accès universel à la santé en matière de procréation d’ici à l’an 2015 comme repère pour contrôler la réalisation des OMD consistant à « améliorer la santé maternelle », «promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes » et « combattre le VIH/sida », en tant que suivi de l’engagement sans équivoque pris par le Sommet mondial de 2005 d’atteindre les objectifs de la CIPD et les OMD, d’ici à l’an 2015.

21. Tous les pays allouent des ressources adéquates permettant d’atteindre l’objectif de la santé en matière de procréation pour tous d’ici à l’an 2015.

22. Les pays développés augmentent sensiblement l’APD dans les domaines de la population et du développement et aussi tiennent leur engagement à porter l’APD à un niveau équivalent à 0,7 % au moins de leur PNB et à mettre au moins 4% de leur APD au service de la santé en matière de procréation et de la population d’ici à l’an 2015. Les pays développés devraient aussi aider les pays en développement à acquérir la technologie et la capacité humaine nécessaires pour assurer l’accès universel à la santé en matière de procréation et pour atteindre les OMD d’ici 2015, ce qui inclut la fourniture des produits de santé en matière de procréation en quantité suffisante et la sécurité d’approvisionnement de ces produits.

23. Les pays en développement maximisent les gains tirés de l’APD et des fonds nationaux investis dans l’information et les services de santé en matière de procréation en promouvant la bonne gouvernance et en apprenant à partir de l’expérience des autres pays. Nous exhortons les pays en développement à consacrer non moins de 4% de leur budget national de santé à l’information et aux services de santé en matière de procréation, et à réserver une entrée dans leur budget à la santé en matière de procréation, y compris la fourniture des produits relatifs à celle-ci.

24. Tous les pays promeuvent une plus grande coopération Sud-Sud dans le domaine de la population et du développement. Un soutien technique et financier accru, y compris le soutien provenant des pays en développement qui sont en position de le faire, est nécessaire pour la formation, les échanges de produits de santé en matière de procréation et le partage des expériences et de l’information sur les mécanismes des programmes et sur la fixation de normes.

25. Les partenariats entre les gouvernements, les ONG et le secteur privé sont indispensables pour atteindre les objectifs de développement. Les gouvernements et les organisations intergouvernementales devraient reconnaître l’avantage comparatif qu’ont les ONG qui, en particulier dans le domaine de la santé en matière de procréation, supportent de façon disproportionnée depuis de nombreuses années les difficultés liées à la prestation de services, et les impliquer dans la formulation, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des programmes relatifs a la population et au développement. Pour garantir véritablement leur durée, les programmes devraient être contrôlés par les clients et répondre à leurs besoins.

26. Tous les partenaires, y compris les gouvernements des pays développés et des pays en développement, les ONG nationales et internationales, le secteur des affaires, les communautés, les familles et les individus doivent s’associer au sein d’une alliance globale et efficace pour assurer l’accès universel aux services de santé en matière de procréation d’ici 2015 et la réalisation des OMD.

 
 

 

 
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